Sex Work and Human Rights

Kuosmanen: La loi contre l’achat de sexe crée un faux optimisme

Jari Kuosmanen - Photo by Åbo Underrättelser. All Rights Reserved.Questionnant la loi contre l’achat de sexe: Jari Kuosmanen, professeur associé au Département de Travail Social de l’Université de Göteborg, dit que l’offre et la demande pour des services sexuels en Suède n’a pas diminué depuis la fin des années 1990. Photo: Åbo Underrättelser.

A propos de cette traduction

En 2014, le Parlement Européen, l’Assemblée d’Irlande du Nord, et le Parlement Canadien ont vote en faveur de lois qui criminalisent l’achat de services sexuels, une mesure communément référée comme le Modèle Suédois. Pendant ce temps, la Commission Spéciale du Sénat français, la Chambre des Communes du Royaume Uni, et la Commission électorale de Justice du Parlement Néo-Zélandais ont rejeté une telle démarche.

Les défenseurs du Modèle Suédois prétendent que la loi a mené à une diminution du nombre d’acheteurs et de vendeurs de services sexuels. Cependant, selon Ann Jordan de l’Université Américaine Centre pour les Droits Humains et le Droit Humanitaire, le gouvernement suédois ne sait en fait pas “si la loi a causé une quelconque réduction du nombre d’acheteurs de services sexuels, de travailleurSEs du sexe, de victimes de traite, ou de travailleurSEs du sexe migrantEs”. Comme Jordan l’explique, les affirmations d’un ‘succès’ manquent de preuves fiables, et la source de ces affirmations “est principalement un court résumé en anglais d’un rapport du gouvernement”.

Tandis que le travail sexuel de rue a initialement chuté, Jay Levy et Pye Jakobsson soutiennent que la recherche suggère qu’il est depuis retourné à ses niveaux antérieurs, et qu’il reste difficile de savoir si le déclin initial a été causé par la loi ou d’autres facteurs. En ce qui concerne la baisse présumée des acheteurs de services sexuels, les chercheuses suédoises Susanne Dodillet et Petra Östergren soulignent que le résumé en anglais mentionné ci-dessus cite une enquête, qui suggère que moins d’hommes ont acheté des services sexuels en comparaison à une étude de 1996, mais il oublie cruellement de citer les réserves exprimées par la personne qui l’a elle-même conduite: Jari Kuosmanen. Alors que les défenseurs du Modèle Suédois et les activistes anti-prostitution continuent de citer ses résultats comme preuve soutenant leurs opinions, Kuosmanen explique dans cette interview le manque de preuves de l’efficacité de la loi.

S’il vous plait, notez que le droit d’auteur pour cet article réside avec Åbo Underrättelser et n’est pas sous license Creative Commons.

La loi contre l’achat de sexe crée un faux optimisme | Par Dan Lolax

Les politiciens Finlandais qui veulent suivre l’approche suédoise et introduire une interdiction totale d’acheter des services sexuels devraient réfléchir à deux fois. Il n’y a rien pour étayer l’allégation que la prostitution a diminué en Suède depuis que le pays a établi la loi en 1999, dit Jari Kuosmanen, professeur associé à l’Université de Göteborg, qui a été le premier à évaluer les effets de la loi. Selon lui, le problème est que les politiciens n’ont pas base le changement de législation sur la recherche.

Que la loi concernant l’achat de services sexuels soit décrite comme un succès est une déclaration fondée sur les évaluations de la police et des services sociaux. “Cela donne une image complètement fausse de l’offre et de la demande pour des services sexuels. La prostitution de rue a baissé, oui, et elle est maintenant dominée par des femmes d’Europe de l’est ou africaines. Mais la prostitution cache est difficile d’accès”, dit Kuosmanen, ajoutant que même avant l’amendement, les deux tiers de la prostitution avait lieu en intérieur.

Dans l’ensemble, les Suédois sont favorables à l’interdiction d’acheter des services sexuels. Environ soixante-dix pour cent la soutiennent, et davantage les femmes que les hommes, mais cela ne veut pas dire que les Suédois pensent que cela ait un quelconque effet, dit il, se référant à son évaluation. Les effets n’ont pas tellement à voir avec la loi mais avec les ressources de la police, dit Kuosmanen. Le nombre d’arrestations par an varie, quelquefois il peut y en avoir jusqu’à trois cents.

Si la police, après de longues investigations, parvient à faire exploser un réseau de traite cela va créer de bonnes statistiques. Beaucoup de clients avouent tout de suite pour éviter un procès et une humiliation publique, dit Jari Kuosmanen. “Mais de telles mesures de répression étaient possible avant même la loi parce que le proxénétisme n’était pas non plus légal avant 1999.”

La prostitution en Suède est devenue un enjeu politique, pour le meilleur ou pour le pire, dit-il. Il y a des politiciens qui voyagent dans les pays Nordiques et louent la loi sans n’avoir aucune preuve de son succès. Au lieu de baser leurs affirmations sur de la recherche, les politiciens citent les suppositions du gouvernement, qui selon Kuosmanen, sont souvent biaisées.

Ses collègues et lui ont été contrecarrés par les autorités de protection sociale quand ils ont proposé d’établir un centre de recherche sur la prostitution. “Le risque est bien sûr que nous les chercheurs trouvions quelque chose qui aille à l’encontre du but de la loi.”

Dans l’évaluation officielle de la loi en 2010, deux ans après la recherche de Jari Kuosmanen sur les effets de la loi,  le groupe de travail a consisté seulement d’avocats. “L’impression que l’on a eu c’est que les instructions étaient: ‘Faites comme bon vous semble, mais ne faites rien qui puisse porter atteinte à la loi.’”

La raison pour laquelle il doute que la loi a eu pour effet ce que les politiciens prétendent c’est que la portée de l’offre ne semble pas avoir diminué. La proportion d’hommes Suédois qui ont acheté des services sexuels était de dix pourcent, selon l’évaluation du rapport Kuosmanens en 2008. Ce chiffre était en baisse compare à 1996, quand il était à treize pourcent. “Mais quand la question était posée en 1996, acheter des services sexuels n’était pas illégal comme ça l’est maintenant. Et combien vont-ils admettre qu’ils ont commis un crime?” Soixante-dix pourcent des hommes qui ont acheté des services sexuels l’ont fait à l’étranger. Ce chiffre n’a pas changé depuis que la loi a été mise en place.

Le message de Jari Kuosmanen aux politiciens Finlandais est de ne pas oublier que la prostitution est un phénomène à multiples facettes. Il n’y a pas d’accord general entre chercheurs en Suède, admet-il, mais certains d’entre eux ne peuvent pas dire en pleine conscience que la loi a eu un effet. Ce que Kuosmanen peut dire c’est que la prostitution ne peut pas être abordée seulement par des changements législatifs. “La prostitution a tellement de visages. Il y a des expériences malheureuses, mais il y en a aussi d’autres.”

A présent, Kuosmanen mène une recherche sur les hommes travailleurs du sexe et les personnes qui s’engagent dans le travail sexuel comme une sorte de rébellion contre la norme, pour s’amuser et faire de l’argent. Son point est qu’on doit s’autoriser à regarder les questions de prostitution dans leur complexité tout comme les autres questions sociétales.

“Si les autorités et les politiciens essaient de créer une image uniforme, leur crédibilité disparait”, dit Kuosmanen, et il exhorte les politiciens Finlandais à faire une recherche appropriée avant quelque modification de la loi. Seulement de cette façon les effets de la loi peuvent être déterminés et correctement évalués.


Cet article a été écrit par Dan Lolax et publié par Åbo Underrättelser, un journal à Åbo, en Suède. Cliquez ici pour voir la version suédoise originale  ou ici pour une traduction en anglais. S’il vous plait notez que le droit d’auteur pour cet article et la photo ci-dessus relevant de Åbo Underrättelser et ne sont pas sous une license Creative Commons. La photo ci-dessous n’apparaissait pas dans l’article original.

Traduction française par Thierry Schaffauser (à partir de la traduction anglaise par Anonyme). Chaque effort a été fait pour traduire cet article litéralement. Cependant, à certaines occasions, les mots et l’ordre des mots ont été quelque peu altérés pour une meilleure comprehension.

No to the Swedish Model - Protest at Stormont, Belfast - Photo by Matt Lemon Photography. All Rights Reserved.Photo: Pancarte utilisée pendant une manifestation par des travailleuses du sexe et leurs allies contre l’introduction d’une interdiction d’achat de services sexuels en Irlande du Nord. © 2014 Matt Lemon Photography | S’il vous plait lisez la note de droit d’auteur

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